Interview avec Kader Belarbi ~ version française

Kader Belarbi est un ancien danseur étoile de l’Opéra de Paris, où il a travaillé pendant 33 ans. Il est aussi un chorégraphe de renom et l’auteur de plus de 40 ballets. Il est le Directeur de la Danse et chorégraphe au Ballet du Capitole depuis 2012. Il a gentiment accepté de répondre à mes questions par mail – voici la version originale en français. Vous pouvez cliquer ici pour voir la version anglaise.

Des ballets que vous avez créé pour le Ballet du Capitole, lequel est votre préféré et pourquoi?

Je n’ai pas de préférence parce que chaque aventure chorégraphique est une histoire tellement particulière. Elle permet la rencontre avec un grand nombre d’acteurs autant sur le plan artistique et technique. Au final, c’est toujours une aventure humaine. Personnellement, les saveurs et les couleurs sont difficiles à départager donc, aucun jeu de préférence.

Comment travaillez-vous avec les danseurs et les maîtres de ballet pour créer de nouveaux morceaux?

En tant que chorégraphe j’agis ou je réagis à un geste dansé:

Soit avec une proposition qui vient de moi-même parce que j’ai imaginé et écrit une phrase chorégraphique en amont. Puis cette phrase chorégraphique est partagée, travaillée et ajustée en direct dans le studio avec le ou les danseurs, accompagnée du regard du ou des Maîtres de Ballet.

Soit avec une reprise, alors la danse est remontée et réglée en premier lieu, par les Maîtres de ballet. J’interviens seulement ensuite pour donner la touche finale sur le plan technique, esthétique, stylistique sans oublier le sens et l’émotion.

En tant que directeur, je propose la venue d’un chorégraphe pour un ballet soit en reprise, soit en création. Je laisse le chorégraphe choisir ses danseurs afin de construire les distributions. Les Maîtres de ballet deviennent les assistants du chorégraphe. De mon côté, j’accompagne le processus de travail à distance et je reste dans l’échange avec le chorégraphe jusqu’à la Première.

Qu’avez-vous changé au Ballet depuis que vous êtes arrivé en 2012? Est-ce qu’il y a des choses que vous voulez encore changer?

De saison en saison, je dote le Ballet du Capitole d’un nouveau répertoire, ce qui est un enjeu capital pour les danseurs et le public. Je cherche et je réclame à chaque danseur, une ouverture d’esprit et une disponibilité du corps pour acquérir une maîtrise dansée et devenir une force de proposition pour les chorégraphes invités. Je poursuis l’augmentation des programmations au fil des saisons. Tout d’abord, une priorité est donnée à la ville de Toulouse avec des lieux d’accueil variés comme le Théâtre du Capitole, la Halle aux grains, l’Eglise Saint-Pierre des Cuisines, le Théâtre Garonne, le Théâtre national de Toulouse… La présence dans la nouvelle Région comme les tournées sur le plan national et international sont en nombre croissant et démontrent l’activité, la vitalité et le rayonnement du Ballet du Capitole. La médiation culturelle est très importante. J’offre au public des manifestations gratuites comme des Carnets de Danse où l’on peut assister à des extraits de danse avec un dialogue en interaction entre artistes et public. Des cours et des répétitions publiques sont programmés et offrent un contact avec le travail des danseurs, c’est une manière d’ouvrir la fabrique de danse. Osons Danser! est un atelier chorégraphique qui permet à quiconque de devenir le chorégraphe de son propre geste et de le partager avec d’autres. C’est une très belle passerelle entre le Ballet du Capitole, les curieux et les amoureux de la danse. Je considère que le spectacle est un moment phare mais il ne se suffit pas, il doit être accompagné par un contexte d’approche ouvert à tous pour exister pleinement.

Je souhaite poursuivre la démystification d’une Maison d’Opéra avec ses velours et ses dorures ainsi que les préjugés qui résonnent encore aujourd’hui sur le mot Ballet. Le Ballet du Capitole n’est pas une vitrine d’antan. Dans une simple lecture souhaitée, il est un Ballet vivant d’aujourd’hui.

Il y a des personnes qui pensent qu’il y a trop de limites imposées et de résistance au changement dans le milieu de la danse en France par rapport à d’autres pays. Pensez-vous que c’est vrai?

La France permet l’expression de toutes les danses surtout depuis les années 1980. Les limites dont vous parlez sont peut-être liées à des formes de danses qui ont parfois du mal à pleinement exister comme par exemple la danse Jazz. À contrario, la danse Hip-Hop est représentée dans des Centres chorégraphiques nationaux. De grandes décisions et parfois certaines modes ouvrent et ferment des portes. Malgré tout, la Danse reste très active et dynamique en France.

En tant que chorégraphe et directeur de la danse au Ballet du Capitole, est-ce que vous pouvez prendre tous les «risques» que vous voulez avec la danse contemporaine?

Je ne suis pas le gardien d’un temple ou un militant d’une chapelle. Je crois à l’ouverture concertée. Je ne projette et ne travaille que dans l’idée d’un esprit et d’un corps disponible, non d’un clivage ou d’un style qui enfermerait la danse ou les danseurs. C’est l’objectif du vrai danseur et du Ballet d’aujourd’hui. J’avance selon l’évolution de mes danseurs qui sont un axe prioritaire pour projeter une diversité d’esthétiques qui sont parfois proches ou lointaines.

Comment avez-vous trouvé votre voix dans la chorégraphie? Quelles sont vos sources d’inspiration?

Après avoir fabriqué le danseur avec un regard aiguisé pendant de longues années, j’ai éprouvé le besoin de me tourner vers l’autre. J’ai souhaité transmettre ce que je ressentais, parfois différemment de ce que l’on m’avait demandé. J’ai toujours senti présent le créateur à travers l’interprète. C’est une grande émotion d’avoir le privilège d’éveiller l’esprit et le corps de quelqu’un, pour qu’il devienne propriétaire de son geste dansée et non un locataire. Aussi, l’écriture chorégraphique m’intéresse énormément pour construire une danse à thèse ou à thème. L’échange dans le studio avec les danseurs reste un moment capital et privilégié, celui d’un geste vivant avec sa relation au monde.

Tout m’inspire une image, un son, un sentiment, une réflexion, une couleur… à partager ou à créer!

Quelles qualités cherchez-vous quand vous recrutez de nouveaux danseurs?

La disponibilité et l’humanité. La curiosité et le travail. La proposition et l’émotion.

Quels sont les avantages d’avoir des danseurs qui viennent de partout dans le monde?

Les 14 nationalités actuelles du Ballet du Capitole pour 35 danseurs sont une richesse de valeurs, de tons, de contrastes, de correspondances, de couleurs, de composition, de vide et de plein et bien d’autres aspects qui sont tout simplement les ingrédients d’un peintre en face de sa toile. C’est de cette façon que je conçois et travaille la danse avec mes danseurs. Quelle vibration extraordinaire!

J’aimerais plus tard être chorégraphe, quels conseils pourriez-vous me donner?

De l’amour envers autrui, un besoin d’inscription et d’écriture dans l’échange avec un ou avec tous, de l’observation et de la patience, de l’archéologie intérieure et apprendre de l’extérieur, de la répétition comme de la décantation et une bonne usure. À vrai dire les pas sont importants mais ils n’ont aucune importance!

Est-ce que vous pensez que le fait d’avoir de l’expérience à l’étranger est important?

Oui et non! La curiosité et l’authenticité doivent rester des vecteurs et les plus grands maîtres. Petite ou grande expérience, peu importe! Nous sommes tous porteur d’un monde face au monde.

Merci encore à Kader Belarbi d’avoir pris le temps de répondre à mes questions. Cliquez  ici pour plus d’informations sur son rôle au Ballet du Capitole.

 

 

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