Interview avec les danseurs de Käfig ~ version française

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‘Agwa’ – copyright Agathe Poupeney

La semaine dernière, j’ai eu la chance de rencontrer 4 danseurs brésiliens de la compagnie Käfig du CCN de Mourad Merzouki. Après avoir assisté à leur répétition de ‘Correria Agwa’, un spectacle que j’ai pu voir quelques jours plus tard, j’ai discuté avec Aguinaldo ‘Anjo’ De Oliveira Lopes, Alexsandro ‘Pitt’ Soares Campanha Da Silva, Hélio Robson Dos Anjos Cavalcanti et Geovane Fidelis Da Conceição.

Presque tous les danseurs de la compagnie Käfig actuelle avaient auparavant déjà travaillé avec une compagnie de hip-hop brésilienne, venue en France en 2006 pour la Biennale de la Danse à Lyon.C’est là que ces jeunes danseurs ont rencontré Mourad Merzouki et une longue et belle collaboration a connu ses débuts. En 2008, suite à leur retour à la Biennale à Lyon, les danseurs ont intégré Käfig, la compagnie de Mourad.

Comment avez-vous commencé a danser?

“J’ai commencé à danser en 2008,” dit Helio. “J’ai rencontré Pitt, puis la compagnie Käfig pour continuer mon histoire dans la danse. Je viens du hip-hop, du breaking et de l’urban dance, mais avant ça j’avais fait de la danse de salon, donc j’ai un peu tout mélangé pour créer un nouveau style!”

Geovane m’a raconté: “J’ai commencé à danser en 2004-2005 à Pétropolis, ma ville natale, c’est une petite ville juste à côté de Rio. J’ai commencé là-bas avec un groupe amateur, et après ca j’ai fait des festivals, plein de choses comme ça. En 2008, j’ai fait une audition pour entrer dans la compagnie Käfig et depuis là je danse avec Käfig!”

“Moi, j’ai commencé en 2003 avec mon frère qui est plus âgé que moi,” m’a expliqué Anjo. “Il dansait déjà avant, et un jour il m’a amené à un festival à Rio pour le regarder danser. J’ai aimé, et j’ai commencé à danser aussi. Depuis le début je suis parti avec plein de compagnies jusqu’à ce que j’arrive à Käfig.”

Pitt a commencé à danser en 2002. Il a grandit en écoutant de la musique comme Michael Jackson et James Brown avec sa famille, en dansant et en regardant les autres danser à des réunions de famille. Il a été très inspiré par ce milieu où la danse était vitale, et a commencé avec le style b-boy et la capoiera.

Chaque danseur a fait un tout petit peu de contemporain et de classique. Mais leur vraie formation c’est le hip-hop: dans la rue, dans les workshops…

Est-ce que la danse est importante au Brésil?

Geovane m’a dit: “Je pense que petit à petit, jour par jour, on commence à professionnaliser la danse [au Brésil], mais ça arrive trop lentement. Peut-être si tu travailles avec un chanteur, ou avec la télé, les personnes te respectent plus. Nous, qui sommes peut-être la deuxième compagnie de hip-hop qui est sortie du Brésil, et c’était en 2008, nous sommes considérés comme trop jeunes, trop nouveau. Le ballet est beaucoup plus respecté au Brésil… Mais petit à petit le hip-hop commence à devenir plus professionnel.”

Est-ce que les danses brésiliennes sont importantes dans la culture de votre pays?

“Pas beaucoup pour les brésiliens, plus pour les personnes qui viennent peut-être. Pour des personnes d’un autre pays c’est ‘Oh, la samba!’, mais au Brésil c’est juste normal si tu fais de la samba, ou de la capoeira, par exemple.”

“Au Brésil c’est très dur,” m’a expliqué Pitt, “parce qu’il n’y a pas beaucoup d’argent et pas beaucoup de travail, et les personnes qui te regardent danser te respectent un peu mais te disent “D’accord, tu danses, mais pour le travail, qu’est ce que tu fais?” Tu leur réponds: “La danse c’est mon travail.” Ils continuent: “Mais qu’est ce que tu fais d’autre?” En France si tu dis que tu danses, on te respecte vraiment: il y a beaucoup de personnes qui viennent au théâtre voir les spectacles de danse. Au Brésil, si tu dis que tu danses, on se demande comment tu peux en vivre… La culture c’est très compliqué.”

Geovane dit: “En fait je pense que la même personne qui dit «Ça c’est pas un travail» est capable de faire des voyages, peut-être à Las Vegas, pour voir un show, mais au Brésil ils ne le respecteront pas. Nous sommes trop petits.”

Faîtes-vous d’autres styles de danse à part le hip-hop?

Les danseurs m’ont parlé de danse africaine, de contemporain, de jazz et de danse de salon. L’un d’entre eux pratique le zouk, une danse de salon originaire des Antilles françaises, qui est beaucoup dansée à Rio.

“Je pense que dans le hip-hop, il y a beaucoup de styles différents: c’est très varié et très large, donc danser le hip-hop implique beaucoup de techniques. C’est pas juste académique. Par exemple, on pourrait commencer ici tous ensemble un nouveau style, inventer quelque chose. C’est très vivant,” dit Geovane.

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‘Correria’ – copyright Michel Cavalca

Comment avez-vous travaillé avec Mourad pour créer ces morceaux?

Anjo m’a expliqué: «Pour ‘Agwa’, c’était une création vraiment longue: elle a duré un an, peut-être un peu plus. Mourad a une façon de travailler très exigeante, mais aussi très intelligente. Pour lui ça se passe vraiment au fond, avec la musique, et il faut le faire tout le temps: enchaîner des répétitions et des répétitions… ça c’était nouveau pour nous.

C’était une grande expérience, on a appris plein de choses, mais c’était aussi vraiment dur. On avait des répétitions 8 heures par jour avec Mourad.

C’était dur parce qu’on faisait tout en discutant et en essayant des choses ensemble tout le temps; il est pas arrivé dès le début avec son idée déjà prête. Tout a été fait avec nous, c’était un vrai travail de recherche! Donc on a fait la chorégraphie avec lui, chaque danseur a donné un peu.”

Comment ces morceaux représentent-ils votre vie quotidienne?

“‘Agwa’ a commencé avec des bouteilles, pas des gobelets. Dans les répétitions, comme il faisait toujours très chaud, Mourad nous disait tout le temps «Allez boire un verre!». Il a commencé à penser que c’était intéressant. Donc ça vient du fait de boire, mais aussi de l’énergie qui provoque la transpiration.

‘Correria’, le deuxième morceau qu’on a créé, a été fabriqué car dès qu’on a commencé avec la compagnie, il y avait toujours des personnes qui venaient, qui repartaient… Toujours en train de courir (correria veut dire la course).

L’idée c’est qu’on doit courir pour tout: pour manger, pour aller au travail, pour sortir, pour rencontrer nos amis…”

“La joie qui est dans le spectacle fait partie de notre vie quotidienne, parce qu’on est tout le temps comme ça, en train de rigoler ensemble, avec les autres… Je pense que c’est cet élément qui rapproche le spectacle le plus de notre vie,” ajouta Anjo.

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‘Correria’ – copyright Michel Cavalca

Avez-vous d’autres projets?

Geovane m’a dit: «A part ‘Agwa’ et ‘Correria’, avec la CCN on fait un spectacle qui s’appelle ‘Käfig Brasil’ dont on a fait la création à Montpellier en 2012. On a travaillé avec cinq chorégraphes différents: un brésilien, nous, et trois français.

Maintenant, on a commencé à travailler un nouveau spectacle pour l’année prochaine. Käfig a déjà fait ce spectacle, qui s’appelle ‘Boxe Boxe’, et on va le refaire mais avec notre style et notre énergie. La chorégraphie va être la même mais avec des danseurs différents.»

Et en dehors de la CCN?

«Quand on n’est pas en tournée on peut faire d’autres choses» dit Geovane. «On peut travailler avec des chanteurs, avec la télé…»

«Oui, on essaye de faire un peu de tout» expliqua Anjo. «S’il y a du travail dans la danse, que ce soit avec d’autres compagnies, avec des chanteurs ou à la télé, n’importe quoi, on travaille avec. Par exemple, Geovane travaille en Chine, Pitt danse pour Coca-Cola et avec un chanteur brésilien, Helio a un projet social au Brésil, et moi j’ai rien! En fait j’ai arrêté [la compagnie Käfig] pendant deux ans, je viens juste de revenir, et pendant ce temps-là je suis parti en Russie avec mon frère; il a une école de danse là-bas. Donc voilà, on fait un peu de tout, ce qu’il y a à faire, on le fait!»

Quelles sont vos ambitions pour le futur?

Plusieurs des danseurs de Käfig souhaitent vivre en France, et Anjo voudrait avoir sa propre compagnie et devenir chorégraphe.

Une chose est sûre, ils veulent tous continuer à danser!

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